La sorcière de Carhaix est racontée sur cette page comme un personnage merveilleux. Nous n’avons pas retrouvé de référence permettant d’en faire une femme identifiée dans un procès local. Carhaix possède néanmoins un imaginaire légendaire documenté : la ville présente la figure d’Ahès dans son histoire, en citant un extrait de l’ouvrage Carhaix, 2000 ans d’histoire au cœur de la Bretagne, publié chez ArMen en 2005.
Illustration : personnage de conte imaginaire : cette image n’est pas le portrait d’une personne jugée ni un document historique.
Le récit reste une invitation à la lecture. La comparaison avec Ahès et les groac’h des textes bretons permet de repérer ce qui appartient à chaque version, puis de garder séparées l’histoire d’une ville et la biographie imaginaire d’une sorcière.
| Figure ou lieu | Document identifiable | Statut |
|---|---|---|
| Carhaix, ancienne Vorgium | Présentation historique de la ville, avec un extrait d’ouvrage nommé. | Une ville réelle dont le passé se documente. |
| Ahès | Présentation de la ville et notice de l’Institut culturel de Bretagne. | Une figure légendaire associée à Carhaix dans certaines versions. |
| La groac’h de l’île du Lok | Récit de Souvestre repris dans un recueil de 1891, avec une note sur le choix du lieu. | Une version littéraire du merveilleux breton. |
| La sorcière anonyme de cette page | Récit publié ici, sans collecte locale identifiée. | Une histoire à lire, sans procès ni témoin à lui attribuer. |
Que raconte la sorcière de Carhaix ?
Le récit met en scène une femme retirée à l’écart des chemins, à qui l’on prête un savoir sur les plantes et des pouvoirs sur les éléments. Les passants hésitent : faut-il craindre sa présence ou demander son aide ? Cette hésitation donne sa tension à l’histoire. La figure peut être inquiétante, protectrice ou trompeuse, suivant la manière dont le conteur la fait agir.
Ce sont des rôles de conte. Rien ne permet de les attribuer à une personne réellement accusée à Carhaix, ni de dater cette version d’une époque celtique. Les plantes servent ici le récit ; elles ne justifient aucun remède, aucune guérison ni un pouvoir surnaturel. L’histoire se conserve mieux avec ces limites qu’avec des dépositions imaginées.
Ahès est-elle la sorcière de cette histoire ?
On ne peut pas fusionner les personnages. La notice « AHES ou DAHUD » de l’Institut culturel de Bretagne présente Ahès comme un personnage légendaire lié à Gradlon et à la ville d’Ys. Elle rapporte aussi une tradition qui lui attribue la fondation de Carhaix et des chemins portant son nom. Ces indications identifient un récit, pas une fondatrice historique de la ville.
La présentation municipale mentionne également une légende de construction de routes et la figure d’Haes. Les formulations changent d’un texte à l’autre. Ahès peut ainsi servir de comparaison avec la femme inquiétante racontée ici, mais aucune des sources consultées ne dit que cette sorcière anonyme est Ahès. La ressemblance d’un pouvoir ou d’un paysage ne suffit pas à établir une identité.
Que peut apprendre un texte breton sur les groac’h ?
Un texte permet de lire une version précise. Les notes des Contes et légendes de Basse-Bretagne, édition de 1891, parlent du récit de la groac’h transmis par Émile Souvestre. Elles indiquent qu’il l’aurait entendu avec des variantes de lieu et qu’il a choisi l’étang de l’île du Lok pour sa version. La note distingue donc le récit reçu et le décor choisi par l’auteur.
« chaque conteur plaçant la scène dans un lieu différent et souvent imaginaire »
Note sur le récit de Souvestre, Contes et légendes de Basse-Bretagne, 1891.
Ce détail garde l’oralité au centre. Un conte peut changer de lieu en circulant, puis être fixé dans un livre par un écrivain. La note ne prouve toutefois pas qu’il a été raconté à Carhaix. Ses explications anciennes sur les druidesses relèvent aussi des interprétations de l’édition : les citer ne démontrerait pas une continuité historique entre un culte antique et le personnage de notre page.
Pourquoi distinguer les fées et les sorcières selon les versions ?
Le mot choisi et les actions du personnage orientent la lecture. Les récits de Viviane et Morgane à Brocéliande appartiennent à un ensemble littéraire identifiable. À la fontaine de Barenton, Merlin, Viviane et l’aventure d’Yvain renvoient encore à des versions différentes. Tous ces personnages participent au merveilleux sans constituer une seule sorcière ayant une biographie commune.
Les rites bretons à la rencontre des pratiques païennes et chrétiennes demandent une autre prudence : une ressemblance entre deux gestes n’établit pas leur transmission continue depuis l’Antiquité. Pour un conte comme pour une coutume, les mots du document et son contexte valent mieux qu’une histoire générale qui relierait tout à des croyances celtiques.
Quelles archives ou quels procès sont réellement cités ?
Aucun dossier judiciaire identifié ne soutient les affirmations précises de l’ancienne page. Les registres paroissiaux, exorcismes et procès bretons qu’elle évoquait n’avaient pas de cote ni de référence consultable. Ces détails ne sont plus présentés comme des faits. Une légende orale peut exister sans procès ; il n’est pas nécessaire de lui ajouter une accusation historique pour lui donner de la force.
La comparaison avec les guérisseuses des Landes et les croyances autour des fontaines porte sur une question de récit : comment une personne réputée aider devient-elle aussi un personnage redouté ? Elle ne permet pas de déplacer des histoires de femmes réelles d’une région à l’autre, ni d’affirmer que toutes les guérisseuses furent accusées des mêmes choses.
À Barnenez, un cairn documenté et une bête de récit fantastique demandent deux lectures distinctes. Les onze chambres appartiennent à l’archéologie ; la créature conserve ici son statut d’évocation, faute de collecte locale précisément identifiée.
Comment poursuivre la lecture de cette légende ?
Lis d’abord la sorcière comme un personnage d’histoire. La notice d’Ahès donne un ancrage légendaire explicitement nommé à Carhaix ; le recueil de 1891 montre comment une version bretonne peut changer de lieu. Si un texte de collecte propre à cette sorcière est retrouvé, il pourra enrichir la page avec son auteur et ses mots. En attendant, le merveilleux reste, avec une origine locale précise encore à documenter.
Julien Marel est la signature éditoriale de Mystères de France : légendes, folklore, croyances et lieux d’histoire. Les dossiers relus distinguent les faits établis, les traditions documentées et les récits sans source retrouvée, avec des liens vers les sources consultées.

