Le château de Saint-Fargeau n’est pas un « manoir hanté » : c’est un grand château de briques roses de la Puisaye, dans l’Yonne, dont l’histoire est bien documentée. Son véritable mystère est connu et vérifiable : un tableau de Jacques-Louis David qui, selon une tradition familiale, serait emmuré dans ses murs. Voici ce que l’on sait, ce qui relève de la tradition et ce qui ne repose sur rien.
Illustration symbolique du tableau disparu ; elle ne montre ni une découverte ni un détail authentifié du château de Saint-Fargeau.
Un château, pas un manoir : les repères historiques
Le site officiel présente un édifice fondé en 980, de plan pentagonal, flanqué de six grosses tours. Au XVIIe siècle, l’architecte Le Vau remodèle ses façades : le château le présente comme « celui de Versailles », tandis que la notice encyclopédique consultée attribue les travaux de 1653-1657 à François Le Vau, frère de Louis. Anne-Marie-Louise d’Orléans, la Grande Mademoiselle, cousine de Louis XIV, y vit en exil et en fait une demeure somptueuse ; sa chambre a été reconstituée pour la visite. La visite comprend aussi l’aile Montpensier, la chapelle, la salle des gardes, des charpentes du XVe siècle et un parc de 120 hectares.
Depuis 1979, le château appartient à Michel Guyot, qui l’a acheté avec son frère Jacques et engagé sa restauration. Depuis 1980, le château et son parc deviennent aussi, quatorze soirs par été selon le communiqué 2026, le théâtre d’un grand spectacle historique.
Le vrai mystère : le tableau perdu de Lepeletier
Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau est un aristocrate rallié à la Révolution. Député, il vote la mort de Louis XVI en janvier 1793. La veille de l’exécution du roi, il est poignardé dans un restaurant parisien par un ancien garde du roi nommé Pâris. Il devient le premier « martyr de la Révolution » et David peint Lepeletier de Saint-Fargeau sur son lit de mort, qui forme un pendant avec son célèbre Marat assassiné.
Sa fille Suzanne, devenue royaliste, rachète la toile aux héritiers du peintre en 1826 pour 100 000 francs. Ensuite, les versions divergent.
Deux versions à ne pas confondre
- La version historique la plus admise, rappelée par L’Yonne républicaine en citant l’historien de l’art Simon Lee : Suzanne aurait fait brûler le tableau pour effacer l’image de son père régicide.
- La tradition familiale, rapportée par Jean d’Ormesson dans Le Figaro en 2010 et citée par le même journal : Suzanne aurait dissimulé la toile dans l’épaisseur des murs de Saint-Fargeau. Ouest-France mentionne l’hypothèse d’un cylindre de plomb, transmise par la tradition orale.
Le propriétaire actuel raconte avoir fouillé sans succès : certains murs médiévaux atteignent environ 3,70 mètres d’épaisseur. Il indique aussi que les actes de vente de 1968 et de 1979 comportent une clause prévoyant le don de la toile à un musée national si elle était retrouvée. C’est le seul « élément factuel » qu’il revendique ; il ne prouve pas que le tableau soit dans le château.
Fantômes, objets déplacés, enquêtes : ce qui a été retiré
La version précédente de cet article décrivait un « manoir » du XVe siècle, des manuscrits relatant des objets déplacés, des voix dans les combles et des enquêtes paranormales. Aucune des sources consultées ne confirme ces éléments. Ils ont été supprimés plutôt que remplacés par d’autres anecdotes.
Les seules démarches de type « surnaturel » rapportées par la presse concernent la recherche du tableau : Jean d’Ormesson évoque des voyants et des sourciers, Michel Guyot des radiesthésistes et des « gens avec des pendules », sans résultat. Ces tentatives racontent la fascination pour l’énigme, pas l’existence d’un phénomène.
Ce que tu verras au château
Une salle évoque Lepeletier sur son lit de mort avec une reproduction supposée du tableau, réalisée à partir d’un dessin d’Anatole Desvosge, selon Ouest-France. Lepeletier et sa fille reposent dans la chapelle du château, après le transfert du corps du député depuis le Panthéon, d’après L’Yonne républicaine. Tu peux aussi voir l’escalier à vis de la tour Jacques-Cœur, associé à une anecdote sur la marquise de Mortefontaine, que le propriétaire présente lui-même comme l’un des nombreux récits entendus.
D’autres demeures ont une mémoire attachée à une figure célèbre : c’est le cas de Grignan et Madame de Sévigné. Pour un château transformé par un architecte du XIXe siècle, lis le dossier sur Pierrefonds, réinventé par Viollet-le-Duc. Et si tu aimes les monuments de la Renaissance, Azay-le-Rideau et Chambord ont eux aussi des histoires plus surprenantes que leurs légendes.
Informations pratiques vérifiées
- Adresse : place du Château, 89170 Saint-Fargeau.
- Saison 2026 affichée par le château : du 28 mars au 11 novembre, tous les jours 10 h–12 h et 14 h–18 h (14 h–19 h en juillet-août).
- Tarifs 2026 affichés : 12 € adulte, 8 € pour les 5–17 ans, 10 € en tarif réduit sur justificatif.
- Accessibilité : le château signale de nombreuses marches, difficiles pour les fauteuils roulants et les poussettes ; les chiens tenus en laisse sont admis à l’extérieur et dans le parc.
Le spectacle historique ne se joue que certains soirs d’été ; consulte le calendrier officiel avant de réserver. Hors saison ou pour une date précise, vérifie toujours les informations directement auprès du château.
La légende de la chambre dorée au château de Châteaubriant possède une autre source : la présentation officielle du monument. Le récit y est attribué, sans transformer la présence d’une chambre conservée en preuve de fantôme. Comparer les références aide à conserver le merveilleux sans inventer une découverte d’archive.
Sources consultées
- Château de Saint-Fargeau – Visite de jour
- Château de Saint-Fargeau – Communiqué de presse 2026
- Wikipédia – Château de Saint-Fargeau
- Ouest-France – « Il serait emmuré » (12/07/2024)
- L’Yonne républicaine – Le tableau perdu de David (30/11/2018)
Julien Marel est la signature éditoriale de Mystères de France : légendes, folklore, croyances et lieux d’histoire. Les dossiers relus distinguent les faits établis, les traditions documentées et les récits sans source retrouvée, avec des liens vers les sources consultées.

